
La Japonaise Mami Kudo, titulaire d'un record de 227 km sur 24 heures participait pour la première fois à une épreuve sur 48 heures. Bien que partant dans l'inconnu, outre la victoire et une 3ième place au classement général, elle a battu le record du monde, précédemment détenu par sa compatriote Sumie Inagaki. Elle l'a porté de 382,717 km à 385,130 km. Elle est devancée par Ryoichi Sekiya, second avec un score de 402,321 km et l'Australien Martin Fryer, vainqueur après 433,686 km d'effort.
Une fois le chrono arrêté, bien que radieuse elle déclarera : « Plus jamais. La prochaine fois que je reviendrai en France, ce sera pour le tourisme. J'ai vraiment souffert. Je ne pensais pas que ce serait aussi dur. Surtout avec cette chaleur. Heureusement que je parvenais à rester concentrée sur l'épreuve la plupart du temps, mais le plus dur a été de lutter contre le sommeil. Mais lorsque l'on approche de la fin, on ressent une satisfaction énorme et il faut oublier les mauvais moments. »
Epuisée, Mami n'en dira pas plus, mais Docteur Aki Inoué, coach du team nippon avouera : « A un moment, je sentais qu'elle était vraiment mal et même si mathématiquement, il lui était possible de battre le record du monde, je refusais de me laisser emporter par l'enthousiasme. J'avais la sensation qu'elle risquait de s'écrouler à tout instant. Surtout qu'elle refusait de parler et semblait complètement déprimée. En fait, en fin de course j'ai compris que c'était sa façon à elle de rester dans sa bulle, pour se fixer sur son objectif. Ce qui lui permettait d'estomper la douleur. »
Considéré comme un outsider, l'Australien Martin Fryer a surpris. Si son objectif se résumait à passer les 400 km, il demeurait un outsider, tellement les Japonais avaient la faveur des pronostics. Or sa stratégie a été payante. 
Contrairement à Ryoichi Sekiya qui appréhende le premier jour comme une compétition light sur 24 heures, suivie d'un jour d'enfer, où il faut limiter les dégâts en serrant très fort les dents, lui considère qu'il importe de rester rationnel jusqu'au bout, de tout programmer et de répartir à peu près équitablement l'objectif sur les deux jours. « Je suis un scientifique et dans le domaine du sport, j'essaye d'être le plus cartésien possible. Je suis arrivé en France 5 jours avant l'épreuve, pour récupérer du décalage horaire et de ce long voyage. Et je savais qu'en raison de la chaleur, il serait nécessaire de partir encore plus lentement que d'habitude. Australien, je suis habitué à la chaleur. A l'issue des premières 24 heures, je n'avais couru que 224 km, alors que mon record est de 247 km. J'étais à plus de 25 km du Japonais, mais ça ne m'inquiétait pas. Je faisais simplement ma course, sans me préoccuper des autres, mais en respectant les allures que j'avais prévu et mon planning, par rapport à l'alimentation. En fait, j'étais serein et confiant dans mes capacités à aller au-delà des 400 km. Ce n'est pas moi, qui ai accéléré pour revenir en tête, mais les autres qui ont lâchés prise. Où je suis surpris, c'est que ce résultat dépasse tout ce que j'aurais pu espérer. 430 km, c'est énorme. En plus lorsque j'ai pris la tête des opérations, j'ai pris conscience de l'ambiance qui régnait autour de cette piste. C'était fantastique, plus les heures défilaient, plus je me sentais transcendé par les encouragements du public. Je n'ai jamais connu cela ailleurs. Plus que d'une course, il s'agit d'un festival du running, dont nous sommes des acteurs privilégiés. La seule chose qui m'a gêné, c'est ce départ à 16 heures. Cela revient à passer 3 après-midis sous le soleil en 48 heures. A 10 heures du matin, il n'y en aurait eu que deux. »
Bien que second, Ryoichi Sekiya se montre satisfait : « Malgré tout, j'ai amélioré mon record d'un kilomètres en étant plus mal que l'an passé. La chaleur a fini par m'occasionner des troubles gastriques le second jour. J'ai été obligé de m'arrêter 3 heures pour dormir, durant le second jour. Mais au fond, cela m'a permis de récupérer et d'attaquer les 6 dernières heures dans de bonnes conditions, puisque j'ai fini à un rythme de 9 k/h. Aussi, lors de la seconde nuit, je suis envahi par des rêves. Là, je voyais le public qui n'arrêtait pas de m'applaudir et de m'encourager d'une voix douce en scandant mon prénom. »
Pourtant déterminé à briser le mur des 400 km, Emmanuel Conraux a échoué et prendra la 4ième position au scratch : « Ca s'est bien passé au cours de la première journée, où j'ai respecté mon planning. Mais, j'ai peut-être un peu forcé. A un moment, j'ai voulu jouer l'intox avec le Japonais, pour qu'il ne prenne pas trop le large et pour qu'il ne se sente pas trop confiant. Quand il me doublait, je ne lâchais pas. J'aurais dû m'abstenir d'un tel comportement. Bon, malgré tout ça restait raisonnable, en ce sens où je voulais courir entre 225 et 230 km pendant les premières 24 heures. J'ai fait 232. J'ai connu de gros soucis lors de la 2ième nuit. J'étais crevé. Ca vient peut-être d'un petit coup de chaud. D'habitude pour me rafraîchir, je me plonge la tête dans une bassine d'eau. Je n'ai pas trouvé mieux. Là, je ne l'ai pas fait. Quand j'ai su que je n'atteindrais pas les 400 km, je me suis raccroché à l'idée de battre mon record de 386 km, mais ça n'a pas fonctionné non plus. En tous cas, suite à ma pause du dimanche matin, j'ai fini dignement et je me console en me disant, que 232 km dans les premières 24 heures, sans être évidemment à bloc, ce n'est pas mal. Ca donne envie d'en tenter un. Peut-être Aulnat en novembre, mais auparavant j'aurai rendez-vous avec le Spartathlon et ensuite avec la Diagonale des Fous, que j'aborderai tranquillement sous l'angle d'un voyage. »
A l'heure du bilan, Michel Landret, le président de l'organisation résume en un mot son sentiment : « Heureux », avant de préciser : « Il y avait longtemps que deux coureurs n'avaient pas franchi les 400 km à Surgères et à cela s'ajoute deux record du monde, celui de Mami Kudo et celui de la Russe Galina Eremina, qui améliore la meilleure performance des plus de 55 ans, avec 357,987 km. Et cette année encore, il y a eu un contrôle anti-dopage. Cela démontre que la FFA attache de l'intérêt à l'ultrarunning et cela lève toutes les suspicions sur notre discipline. Enfin, l'an prochain nous allons devoir réfléchir à la façon de célébrer dignement la 25ième édition. »
Christophe Rochotte
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