
Généralement les spécialistes des 48 heures affirment que les premières 24 heures ne sont pas réellement significatives et qu'il ne faut pas trop se fier aux performances réalisées à leur terme, quant à deviner qui l'emportera à l'issue des 2 jours de course. Selon eux, la première journée doit se dérouler un peu comme s'il s'agissait de participer à une épreuve sur 24 heures. Ce qui implique d'être rationnel, de se fixer un premier objectif réaliste sur lequel on concentre toute son attention et de se dire que demain sera un autre jour, complètement diffèrent, avec de nombreux aléas à gérer.

Or, il n'en va pas toujours ainsi et c'est qui se passe actuellement aux 48 heures de Surgères. Dès que la chaleur est réapparue, la belle mécanique de nombre des favoris s'est déréglée, à affecté leur progression et ils n'ont eu d'autres choix que de lutter contre des maux, qu'ils ne s'attendaient pas à affronter vers midi.
Ainsi des Japonais, dont le coach Aki Inoué dresse un diagnostic : « Sumie Inagaki souffre de troubles gastriques, que la chaleur accentue. Elle a beaucoup vomi, ce qui l'a obligée à ralentir, mais petit à petit elle parvient à surmonter ce problème. Comme elle ne réussit plus à s'alimenter, je lui ai demandé de sucer des caramels et ce sucre qu'elle supporte lui apporte à nouveau de l'énergie et cela relance la machine. En plus, depuis qu'elle retrouve de la force, elle accepte de nouveau le liquide. De toute façon, elle n'a pas le choix, si elle ne veut pas s'écrouler. Le problème de Sumie reste qu'elle va souvent trop loin. Elle possède une capacité à endurer la souffrance incroyable et ne prend pas toujours conscience qu'il devient impératif de résoudre un problème, avant qu'il ne soit trop tard. Elle a du mal à accepter ses limites. Aussi, n'est-elle peut-être pas au mieux de sa forme. Bon, il n'y a rien de dramatique. Elle devait atteindre les 225 km en 24 heures et là, elle se retrouve à 224,382 km. Mami Kudo m'impressionne, même si son allure commence à décliner légèrement, elle non plus n'a rien perdu de sa détermination. Toutes deux restent en course pour la victoire. Toutefois, je me méfie de la Tchèque Micheala Dimitriadu qui revient au classement et qui à un moment leur a repris 3 tours à l'heure. Ryoichi Sekiya ralenti. Normalement, il devait tenir un rythme de 10,5 km/h jusqu'à la 29ième heure, mais ça fait quelques heures qu'il ne dépasse pas les 9 km/h. Sans doute, joue-t-il la prudence en raison de la chaleur. Et ce n'est pas si grave s'il n'a cumulé que 249,414 km, au lieu de 255 km le premier jour. Hélas, c'est fini pour Otaki dans un jour sans. Il ne cesse de décliner. Il a été contraint de dormir plusieurs heures et maintenant, qu'il essaye de repartir, ça ne fonctionne pas. Il a les jambes trop lourdes. Maintenant que mes coureurs abordent le 2ième jour, je vais veiller davantage à leur moindre petit signe de défaillance, à dessein que la seconde nuit se déroule le moins mal possible. De toute façon, ce sera dur pour tout le monde.
|
|
Demain matin, on y verra plus clair. Je n'hésiterai pas à imposer des pauses. Dans les prochaines heures, il sera nécessaire qu'ils s'aspergent bien et qu'ils se rafraîchissent avec des glaçons, pour prévenir un coup de chaleur qui serait fatale pour la victoire. »
Comme l'explique Patrick Rouvérand, assistant d'Emmanuel Conraux, second au classement : « En dépit de cette chaleur, qui rend l'effort plus difficile et fait que Manu peine un peu, pour l'instant tout va bien. Il escomptait rejoindre les 230 km en 24 heures et il a fait mieux, avec 232 km. Bon, les jambes deviennent de plus en plus dures. Par contre contrairement à certains de ses adversaires, il ne connaît pas de soucis d'alimentation et n'a pas vomi. Sa motivation reste inoxydable, d'autant plus qu'en ce moment le Japonais n'augmente plus son avance. Ce qu'il veut c'est passer ce cap des 400 km. Plus que la victoire, c'est ce qu'il désire. Pour lui, cela reviendrait à rentrer dans le top international. »
A l'image de la Tchèque qui progresse au classement, chez les hommes, l'Australien Martin Fryer vient se mêler à la lutte et conclu le premier jour en 3ième position. Son équipier Alan Young exulte : « C'est logique les Aussies ont l'habitude de la chaleur. En plus, son rythme n'a jamais varié et il a respecté à la lettre tout ce qu'il a planifié. C'est un type très rigoureux. Si le Japonais s'écroule, il peut créer la surprise. Il ne faudrait pas oublier, qu'il est titulaire d'un record de 407 km et les 400 km semblent accessibles. »
La suite de cette épreuve s'avère passionnante, au moment où ces ultrarunners s'apprêtent à s'immerger dans l'irrationnel. D'aucuns se réfugieront dans le rêve, d'autres souffriront d'hallucinations. Bref, pour paraphraser Churchill, il y aura de la sueur, du sang et des larmes. A suivre.
Christophe Rochotte
. Voir les résultats