
Champion de France des 24 heures en 2004 avec un score de 255 km, titulaire d'un record sous les 7h30' sur 100 km et également ancien champion du monde du decairoman, Emmanuel Conraux va participer pour la 5ième fois aux 48 heures de Surgères, où il n'est jamais parvenu à aller au-delà des 386 km, ni à l'emporter. Cette année, il espère bien passer les 400 km, voir jouer la victoire si tout fonctionne à merveille.
. Pourquoi cette discipline te fascine-t-elle ?
- Il s'agit de relever un défi qui s'inscrit dans la durée, mais où il ne faut presque pas s'arrêter, si l'on veut être performant et l'emporter. Par exemple, ce n'est pas comme des 6 jours, où là, il n'y a pas d'autres choix que de gérer des phases de sommeil. Là, si l'on fait le choix de s'arrêter à de rares occasions, cela reste plus des micro-siestes. En raison de cette problématique du sommeil, d'après mon vécu de coureurs d'ultra, je considère que les 48 heures demeurent l'épreuve la plus dure. Il faut être presque aussi rapide que sur les 24 heures, mais là, il y a deux nuits à enchaîner. Donc, si je peux m'exprimer ainsi, par rapport aux 24 heures, les 48 heures, c'est le jour et la nuit. Généralement, la plupart des coureurs parviennent à tenir une nuit sans ressentir le besoin de dormir, mais une 2ième nuit, cela pose vraiment problème et ça rend ce challenge difficile.
. Quelles solutions s'offrent au coureur ?
- Soit, on fait des pauses pour dormir un minimum, soit on essaye de lutter et l'on ne s'arrête pas. J'ai expérimenté cette dernière solution l'an passé. Ca a fonctionné en ce sens, où j'ai réussi à cumuler deux nuits blanches, mais à la fin j'étais mal et au bord de l'épuisement.
. Quelle option vas-tu choisir cette année ?
- J'ai tout planifié et il y aura des coupures de 20 minutes. Une au bout de 14 heures, soit le samedi matin vers 6 heures, puisque nous démarrons le vendredi à 16 heures. La suivante après la 30ième heure, soit le samedi soir aux environs de 22 heures et la dernière, au lever du jour, le dimanche matin. Cette option devrait être plus bénéfique. J'ai pu remarquer que les meilleurs fonctionnaient de la sorte et que ça leur permettait de finir dignement et à un rythme compris entre 9 et 10 k/h, tandis que moi j'étais cuit et je n'étais plus en mesure de lutter pour la victoire.
. Sur 48 heures, l'alimentation ne pose-t-elle pas plus de soucis qu'à l'occasion des 24 heures ?
- Même si je n'ai pas trop de mal à m'alimenter, vient toujours un moment au cours de cet effort, où l'on n'a plus envie de manger grand-chose. Cependant, cela reste secondaire en comparaison du manque de sommeil et de l'épuisement qui s'accumule, avec pour corolaire des douleurs musculaires et articulaires.
. Ces douleurs ne sont-elles pas également causées par le revêtement ?
- A Surgères, le revêtement reste plutôt bon. Cette cendrée reste plus souple que du macadam. Bien sûr, des gravillons viennent se nicher dans les chaussures, mais ce n'est pas si gênant.
. Comment as-tu préparé ces 48 heures ?
- Le 11 avril, j'ai pris part aux 12 heures de Saint-Fons et deux semaines plus tard, j'ai couru les France des 100 km à Belvès en 8h 30'. Tout ça sans me tuer et simplement, afin d'anticiper des efforts longs.
. Et par rapport à l'allure, comment vas-tu progresser cette année ?
- Ces 3 dernières années, j'étais parti relativement lentement. Là, je vais tenter d'aller un peu plus vite, parce que je me dis, que ce qui est pris est pris. Surtout que l'objectif reste de passer les 400 km. Tous les ans, je vais à Surgères pour ça et je n'y suis pas encore parvenu. Ce chiffre m'apparaît mythique, me fait rêver et je me dis que c'est jouable, si la forme est au rendez-vous et s'il y a de la concurrence. Une évidence à Surgères. Je vais courir à 11 k/h durant les 8 premières heures, puis à 10 les 8 suivantes et à 9, les 8 dernières de la première journée. Ce qui devrait me situer entre 220 et 230 km à l'issue des premières 24 heures. Normalement, je ne m'arrêterai pas plus de 20' le premier jour. Ensuite au cours de la 2ème nuit, de 22 heures à 6 heures du matin, j'ai pour objectif de tenir à 7 km/h. Enfin de 6 heures jusqu'à l'arrivée prévue à 16 heures, je pense pouvoir repartir sur du 8 k/h. Ce qui théoriquement doit m'emmener au-delà des 400 km. Tous les vainqueurs et tous ceux qui ont réussis de belles performances à Surgères, n'ont pas trop traîné durant les premières 24 heures. En Ultra, le negativ split n'existe pas et de même il est très rare, que des coureurs fassent deux parties égales.
. Tes principaux adversaires ?
- Les 2 Japonais, Sekiya et Otaki, plus sans doute l'Irlandais Mangan et puis après, il y en a certains que je ne connais pas très bien. On verra. Surtout, il ne faut pas oublier Sumie Unagaki. Elle a toujours fini devant moi, les deux fois où j'ai été confronté à elle. Elle aussi peut prétendre à la victoire finale au scratch. En fait, comme d'habitude à Surgères, ça va être très relevé. En tous cas, je suis motivé et prêt. En plus mon équipe va me booster. Pour l'instant, seuls deux Français ont remporté les 48 heures de Surgères : Jean-Gilles Boussiquet et Christian Mainix. De gros clients. Néanmoins, j'aimerais bien être le 3ième à inscrire mon nom au palmarès de cette épreuve.
Propos recueillis par Christophe Rochotte