
Epreuve d'ouverture, l'Ultra Trail Aventure attire les passionnés de longues distances aimant vivre en symbiose avec la nature unique de l'Aubrac. Par un froid glacial, plus de 350 adeptes se sont donnés rendez-vous à 4 heures ce matin pour un périple de 85 km et cumulant 3200 mètres de dénivelé positif. De quoi vivre un merveilleux voyage d'une journée au bout duquel, ces amateurs d'extrême ne découvriront qu'eux-mêmes, après avoir enduré des heures de souffrance et apprécié des instants d'éternité. Vainqueur l'an passé, le Breton Yohan Serazin, membre du Team Legendre semblait dubitatif dans la salle de remise des dossards, véritable antichambre, où régnait un silence sans doute lié à l'appréhension de se retrouver confronté face à cette montagne magique.
Yoan Serazin se focalisait sur « Ses sensations » perdues. Et à peine la ligne d'arrivée franchie en vainqueur pour la seconde fois à Nasbinals, il reviendra sur ce sujet obsédant : « Comme, j'avais dit que je n'avais pas de bonnes sensations tôt ce matin, je suis parti tranquillement en me disant : Pars pour 3 heures. Si ça ne va pas tu arrêtes. Parvenu à cette échéance, j'ai vécu l'ivresse de la métamorphose, parce qu'il s'est produit l'inverse de ce que j'anticipais. Enfin, je retrouvais des sensations. Mais, je n'ai pas pris la tête des opérations au sein du groupe de 4 coureurs, où j'évoluais. Ca jouait à l'élastique. On ne progressait pas en groupe. Je me suis placé devant au 67ième km, après être revenu aux côtés de Michel Verhaeghe. On s'est relayé un moment. Mais à 8 km du but, il s'est écarté comme s'il m'invitait à partir, faute de pouvoir poursuivre la lutte. Je ne l'ai pas attendu et j'ai donné tout ce qu'il me restait dans les 5 derniers km, afin d'assurer la victoire. Là, j'ai vraiment souffert. Je n'arrivais plus à respirer. »
Outre sa ténacité de Breton, Yoan apporte d'autres explications à sa victoire nécessitant 8h18'55'' d'effort : « La Bretagne est également très vallonnée. Donc, pour un breton ce parcours est idéal. En plus, je préfère les longues distances. Il s'agit d'un autre monde. Tous, à un moment nous sommes cassés et tous nous avons mal et là, le mental fait la différence. Viens un moment, où j'ai la capacité de débrancher et de ne plus réfléchir à rien. Ce matin, j'avais également dit qu'en 20 ans de course, la victoire de 2008 était la plus belle. Maintenant, j'affirme que c'est celle-ci. »
Second en 8h19'48'', Michel Verhaeghe n'exprime aucune déception : « Cette seconde place, c'est un grand bonheur. Ca représente beaucoup de sacrifices à l'entraînement. Durant la course, à un moment j'ai rêvé à la victoire, mais terminer second c'est beau aussi. Et je n'ai pas de regrets à avoir, car il était plus fort que moi et l'on doit admettre la loi du sport »
Quant à Lionel Trivel, 3ième en 8h23'47'', il se montre rayonnant : « Cette course est superbe. J'étais venu ici en préparation de l'UTMB. Je voulais me tester sur un ultra. Constater si j'encaissais ce type d'effort, si je n'avais pas de problèmes de matériel et si tout passait au niveau de l'alimentation. J'ai été prudent. Je suis parti à mon rythme. A la mi-course, je suis revenu sur la tête, mais j'ai laissé filer. Je trouvais que le rythme était trop élevé pour moi. Mais dans le final, après le dernier ravitaillement, j'ai repris deux coureurs. J'ai été étonné de revenir. Au dernier ravitaillement, on m'avait dit que j'avais 4' minutes de retard sur les deux, qui étaient devant et je me satisfaisais déjà de cette 5ième place. Donc, je suis hyper content. Et cerise sur le gâteau, en ce jour de Fête des pères, ma femme et ma petite m'assistaient aux ravitaillements. »
Christophe Rochotte