
Nouveau champion de France des 100 km dans le temps de 7h 14'12'', Christophe Buquet a dû se battre jusqu'à l'arrivée contre lui-même et des conditions de course rendues dantesques, en raison du déchaînement des éléments.
. N'attendais-tu à de telles conditions climatiques ?
- Les 100 km du Périgord Noir ne méritaient pas ça. On a couru dans des conditions exécrables. On a tous terminé au courage et avec les muscles tétanisés. J'ai beau être Normand, je déteste la pluie et le froid. Je savais que ça allait être dur. J'avais écouté les bulletins météo et je m'étais équipé en conséquence, avec des vêtements chauds. A ce propos, je tiens à remercier mon suiveur. J'estime qu'il représente bien un tiers dans la réussite de cette performance.
. Comment as-tu vécu ce 100 km ?
- L'an passé au championnat du monde, qui avait eu lieu en Italie, j'avais vécu pleinement le 100 km jusqu'à la fin et j'avais fini dans un état correct, tout en allant au bout de moi-même. Là, j'ai vraiment souffert dans les 20 derniers km, à cause du froid. Jusqu'au 80ième ça a été. Ensuite, je n'ai plus réussi à progresser au rythme d'une allure digne d'un cent km. J'avais particulièrement mal à la jambe gauche, qui ne répondait plus très bien, parce qu'une vieille sciatique se réveillait. Malgré tout, même en étant inquiet la douleur s'est maintenue à un niveau acceptable jusqu'au 93ième km, avant d'aller de mal en pis au fil, jusqu'à la fin. J'avais beau me dire que le titre allait être au bout, je ne parvenais pas à me relâcher. Je me méfiais également d'un retour de Jean-Jacques Moros. Même si je sais qu'actuellement, il aborde le 100 km d'une façon différente, il reste une référence dans le milieu du 100 km, tant en raison de ses références chronométriques, que de son état d'esprit.
Enfin, j'ajouterai que si j'ai souffert, au fond il ne s'agit pas de souffrance au sens propre du terme. On est libre de prendre un dossard et de se mettre dans un tel état. On n'est pas passif. La vraie souffrance, c'est la maladie et le lit d'hôpital. Là, une fois que l'on passe la ligne ça s'estompe assez rapidement. En plus, après il restera des souvenirs et le vécu d'une expérience enrichissante.
. Comment juges cette discipline ?
- Il existe de la magie dans le cent km. Quand on court des 10, des semis, voir des marathons, on se réfère toujours à d'autres épreuves. Tandis que courir un 100 km, c'est comme vivre un film riche en émotions, avec des moments de doute et de l'euphorie. Cependant, plus j'avance en âge, moins je sombre dans le profond découragement et dans l'euphorie extatique.
. Tu avais déclaré ne pas vouloir te relancer dans une carrière internationale. Ne vas tu pas changer d'avis ?
- Le haut niveau ce n'est plus une priorité. En revanche, j'ai envie de courir les 100 km de Gibraltar en 2010. Il s'agira des championnats du monde. Que ce soit avec le maillot de l'équipe de France ou non, ça me tente. Suite à mon parcours, je verrai avec Thierry Guichard et d'autres responsables de la FFA, si on peut faire affaire. Sinon, ça ne me gênerait pas de participer à cette course, à titre individuel.
Propos recueillis par Christophe Rochotte