
Parmi la pléthore de très bon miler Français, Gregory Beugnet est certainement le moins connu d’entre eux. Pourtant, ses 3’36’’71 de l’an passé lui ont valu sa première cape internationale lors du Décanation et lui ont peut-être servi de déclic pour venir se frotter sans complexe aux meilleurs et tenter d’accrocher une des deux places qualificatives pour les championnats du Monde Indoor à Istanbul (9-11 mars).
. Grégory, malgré tes 3’36’’71 de l’an passé, tu n’es pas tellement connu. Comment expliques-tu ce déficit de notoriété ?
- C’est vrai et je pense qu’il y a plusieurs raisons à ça : le Décanation était ma première sélection internationale. J’ai débuté l’athlé en cadets 2 et je n’ai jamais eu de sélection chez les jeunes. J’ai beau n’avoir que 24 ans, cette sélection arrive sur la tard. L’autre raison, c’est la forte densité sur 1 500 m en ce moment en France. Avec mon chrono, je ne suis que le 6e performer Français en 2011. Et je dois d’ailleurs ma sélection au fait qu’il y avait un 4x1500 m organisé en ouverture du Décanation et que Carvalho, Baala, Kowal et Mekhissi le faisaient et qu’Ousmane Belharbazi qui était devant moi au bilan avait déjà coupé. Enfin, il y a aussi peut-être le fait que j’ai réalisé ce chrono en Belgique, début août et qu’à ce moment là, on parlait plus de l’affaire Baala/Mahiédine du 1 500 m de Monaco.
. Dans quelles conditions avais-tu réussi ce chrono ?
- La course a été parfaitement emmenée par deux lièvres canadiens et m'a permis de réaliser une course quasi parfaite et dans des conditions climatiques très favorables. De plus, la course était très dense, elle se gagne en 3'34''1 par un Ethiopien, suivi d'un irlandais Ciaran O'lionard qui réalise aussi 3'34 et qui est d'ailleurs rentré en finale du 1 500m à Daegu (10e derrière Medhi), puis deux ou trois gars en 3'35/3'36, qui m'ont permis de m'arracher jusqu'au bout pour aller chercher ce chrono. Je regrette de ne pas avoir pu courir plus de courses de ce niveau là car le chrono aurait pu encore descendre un peu mais je réalise quand même les minima pour les championnats d’Europe d’Helsinki. Ca ne sera certainement pas suffisant, au regard de la densité en France, mais c’est un préalable de passer.
. Samedi dernier, pour ta première course en salle de la saison, tu réussis 2’21’’47 au 1 000 m. Ce n’était que ta deuxième course de la saison, après un 10 km à Nice lors de la Prom’. C’est une habitude de courir si peu ?
- Non d’habitude je fais un ou deux cross en novembre/décembre mais cette année, j’ai coupé très tard, après le Décanation mi-septembre. J’ai fait une coupure de 3 semaines et je n’ai repris que le 10 octobre. Avec Jean-Pierre Watelle, mon entraîneur, on a choisi de faire un gros bloc foncier pendant 3 mois et ne commencer les compétitions qu’en janvier.
. Es-tu surpris à la fois par ton chrono de la Prom (28’57) et par celui du 1 000 de samedi dernier ?
- Pour la Prom’, non car vu ce que je faisais à l’entraînement, je visais 29’. Avec Simon Denissel (7e aux Europe espoirs et 13’38’’ l’an passé), j’avais fait une séance de 4x2 000 m entre 5’35 et 5’26, c’est donc cohérant. En ce qui concerne le 1 000 m, c’était une course qui a été montée pour moi et là aussi, c’est assez logique par rapport à ce que je fais en séance. C’était plus une course test avant mon 1 500 m de Düsseldorf de vendredi prochain ou je vais essayer de réussir les minima pour Istanbul. Ils sont fixés à 3’39’’90 et si la course est bien emmenée, ça doit pouvoir passer. J’ai simplement peur que ça parte un peu trop vite, c’est la raison pour laquelle je préférerais courir en série 2, avec des mecs en 3’36’’ l’été plutôt que risquer de passer en 1’10 en étant aspirer dans la 1re. Si jamais ça passe, il faut encore que je sois dans les 2 meilleurs de l’hiver. Mais j’ai vraiment eu de bonnes sensations samedi dernier, en passant en 1’11 et en finissant en 1’10. J’ai le sentiment qu’un passage en 2’25/2’26 me laisserait encore une belle réserve de vitesse pour faire moins de 3’40.
. Entre ton chrono sur 1 000 m et celui sur 10 bornes, tu as une palette assez importante. Pourquoi ne fais tu pas les cross ?
- Je fais le cross court habituellement. L’an passé, je fais 7e à Paray-le-Monial. Cette année, ça va dépendre de ce qu’il va se passer dans les jours à venir. Si je suis sélectionné pour Istanbul, je ferais l’impasse sur le cross court. Sinon, je rentrerais aux Interr le 19 février et je ferais les France sur le court. La Roche, j’en garde un mauvais souvenir, j’avais complètement explosé en étant parti trop vite. En revanche, sur le long, je ne passe pas, je n’ai vraiment pas une foulée et des appuis adaptés au cross long.
. Et pour cet été, quels sont tes objectifs ?
- C’est une année de JO et de championnats d’Europe. Les minimas pour Londres sont à 3’34’’50 et je me dis que si je continue ma progression régulière (3’44 en 2009, 3’39 en 2010, 3’36 en 2011), j’ai une chance de rentrer dans le lot de prétendants. La difficulté sera aussi d’être dans les 3 meilleurs, entre Mehdi qui va vouloir à tout prix se qualifier pour ses derniers JO, Florian qui a déjà fait les minima et qui est super costaud, Yoann qui a également fait les minima, plus deux trois autres gars, ça va être la bagarre. En revanche, je me dis que pour Helsinki, les chances sont plus grandes et ça serait déjà une belle récompense.
. A côté de l’athlé, que fais-tu ?
- Je suis actuellement en licence de Staps et je n’ai que mon mémoire à rédiger cette année. Parallèlement, je travaille dans un lycée en internat, deux soirs par semaine, ce qui me laisse du temps pour gérer mes 10/11 séances par semaine. En plus, je loge tout près de la salle de Liévin, idéal pour faire des bonnes séances de qualité en hiver. Avec le soutien de mon club de toujours, le RC Arras et de mon Président, Yves Blouin, j’ai tout pour perfer cette année !
. Dernière question : quel est le sujet de ton mémoire ?
- « L’importance de la vitesse pour le 1 500m ». Ca ne s’invente pas…
> Légende : Lors du France d'Albi, Grégory Beugnet en fin de peloton (avec son maillot rouge) (Photo Y.M Quemener)
