
Il y a eu un couac avec Yohann Diniz et un excès de confiance chez Renaud Lavillenie néanmoins médaillé de bronze, mais au final, la France remplit son contrat avec 4 médailles dans un contexte globalisé où l'athlé démontre toute son universalité.
Un objectif annoncé entre 3 et 5 médailles par le DTN avant le premier coup de feu du starter de ce Mondial, ce contrat est rempli. Avec en prime une éclatante médaille d'argent dans le feu nourri de Usain Bolt tractant dans son sillage le relais 4 x 100 m français pour un tour de piste qui aura mis le public coréen en transe.
Alors les tambours ont grondé comme ces orchestres battant le cuir tendu pour animer, le matin de cette dernière journée, cette longue route du marathon.
Cette dernière journée aura eu au moins le mérite de mettre KO les détracteurs chroniques qui ont eu du mal à rentrer dans le jeu de ce Mondial. Et malheureusement le clan français en compte son lot de brochettes frelatées. Des spectateurs schizophrènes et nostalgiques d'un autre temps, celui des machines à écrire et d'une Europe qui pensait posséder l'histoire et le coffre fort de l'athlétisme.
Ce furent de bons championnats disputés devant un public juvénile, chaleureux et enthousiaste malgré le manque de connaissances pour ce sport encore mineur en Corée du Sud qui ont même vibré pour des concours de lancer touchant l'excellence. Certes Berlin avait été vampirisé et « métaboltisé » par les exploits de Usain Bolt mais Daegu fut plus riche en densité de performances et fut marqué par l'émergence d'une nouvelle génération d'athlètes. Quelques nom en vrac dans ce panier à médailles, Christian Taylor vainqueur du triple saut, tout juste 21 ans qui avec 17,96 m a fait oublier l'absence de Teddy Tamgho. Le français en convalescence a découvert quel serait son principal adversaire à Londres. Renaud Lavillenie a lui aussi coché les noms de ceux qui se partageront le ciel de Londres avec lui, Pavel Wojciechowsksy, 21 ans et sacré champion du monde avec 5,91 m. Citons encore Yohan Blake 22 ans, vainqueur d'un 100 mètres qui appartient déjà à la légende du sprint. Le faux départ de Usain Bolt aura été ce grain de folie qui s'empare parfois du sport et qui le met en vrille. Sans oublier Kirani James, ce gaillard de la Grenade qui à 19 ans est devenu le roi du tour de piste.
Et puis bien sûr citons Christophe Lemaitre qui a su, à l'inverse de Yohann Diniz disqualifié sur 50 km marche, trouver la concentration nécessaire pour se mobiliser après sa 4ème place du 100 mètres et remporter la médaillé d'or de la jeunesse, de la gentillesse et de la spontanéité. Du bronze sur 200 mètres qui vaut de l'or pour celui qui pèse déjà plus de 500 000 $ annuel an avec son nouveau contrat Asics (chiffre non officiel mais montant estimé selon la valeur du marché de stars de l'athlé).
Paris 2003 et ses 8 médailles puis Helsinki avec un total de 7 avaient été deux rendez vous précieux pour la Fédération Française d'Athlétisme afin de retrouver un élan vers ce vieux sport qui a du mal à nager dans la jungle médiatique des grandes messes footbalistiques. Christophe Lemaitre vient de saisir le témoin pour assurer le relais, un feu d'espérance pour inviter poussins poussines à franchir la porte d'un stade. Et surtout taper sur l'épaule de ces générations de minimes, cadets et juniors pour que eux aussi croient en leur destin au sein de structures simples et saines pour éduquer avec des entraîneurs désinteressés à l'image de Pierre Carraz qui ne sont pas si vieille France que cela.
Non, l'athlé français n'est plus touché par la fatalité. Certes de gros vides font tâche, comme certains lancers, le marathon et le demi fond presque sinistré même si Mahiedine Mekhissi Benabbas avec la rage au ventre est allé chercher cette médaille de bronze sur 3000 mètres steeple, effaçant la désastreuse image de deux sales gosses déversant un ouragan de rancune et de rancoeur que personne n'a su endiguer.
Daegu qui fut un choix économique lucide et pragmatique, s'est conclu sur un record du monde, celui du 4 fois 100 mètres. Quel pied de nez à ceux qui se sont enfermés dans leur certitude et qui estiment que l'athlétisme doit rester la propriété de la vielle Europe grincheuse. A St Kitts et ses deux médailles, au Zimbabwe et leur première médaille, à la Grenade qui n'est plus ce minuscule caillou perdu dans les Caraïbes, au Kenya, troisième nation en terme de médailles, en Jamaïque et son ENA du sprint, le regard est tout autre. L'athlé n'attend pas les passéistes. De ce point de vue, la FFA regarde l'avenir, Lemaitre, Tinmar, Lesourd et Vicaud en sont les témoins.